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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 23:37

FRANCIS HUSTER…

« Le Petit Prince dans la mafia ! ».

 

francis-huster.bronx.jpgFrancis Huster dans Bronx, c’est une humanité pénétrée et convaincante ! Il est à son top niveau et à l’aise dans la mise en scène aisée et lumineuse de Steve Suissa. Une voix envoûtante et une vraie tornade sur scène. Un véritable gardien du théâtre vivant, avec ses partitions classiques et modernes, graves ou pleines de fantaisie. Et tout cela, c’est la marque Huster. Il sera sur la scène de la Gare du Midi à Biarritz le 18 mars à 20h30.

Interview avec un comédien aux belles pensées intérieures.

 

APP : Cher Francis Huster, vous êtes en tournée avec Bronx, mis en scène par Steve Suissa, dont l’histoire vraie a inspiré Robert De Niro pour son film Il était une fois le Bronx. Heureux de la balader tant en France qu’à l’étranger ?

FH : Oui très heureux et réjoui ! Le metteur en scène Steve Suissa, un fou des films noirs américains, a monté cette pièce comme un film en 3D. On y voit un quartier du Bronx dans les années 60. Un homme assis, pensif et seul sur les marches de l’immeuble vétuste qu’il habitait jadis, et qui se remémore au petit matin son enfance et sa jeunesse. Il se souvient qu’à neuf ans, il a été témoin d’un meurtre et qu’il n’a pas dénoncé le coupable, Sunny, parrain de la mafia et homme redouté. Et le voilà entre ses deux pères, dont le sien est chauffeur de bus, brave italo-américain ; et le caïd qui va le prendre sous son aile. Oui, ravi de la balader, parce qu’elle a un impact formidable et c’est la première fois qu’on la joue en dehors des Etats-Unis. Le public est enthousiaste, car il a l’impression d’être à l’intérieur d’un film, et qu’il pense à tous les héros de Scorsese ou de Coppola. Une plongée dans l’univers Kennedy, dont on commémorera bientôt le 50ème anniversaire de sa mort. Une pièce drôle, pathétique et bouleversante. Très vite, on pense à Robert De Niro et le film qu’il réalisa et interpréta Il était une fois le Bronx. L’histoire vraie sur la propre jeunesse de l’auteur Chazz Palminteri. Ce qui est formidable chez Steve, c’est qu’il n’a pas ajouté un bout de gras, ni son délire sur les mafieux à l’adaptation d’Alexia Perimony, parce qu’il a été au plus près du texte, et qu’il a bien restitué l’atmosphère électrique d’un quartier new-yorkais. L’acteur que je suis a plongé dans un univers bien loin de celui des Giraudoux et Musset.

APP : En parlant de Steve Suissa qui vous a dirigé dans son film L’envol et au théâtre avec Le Journal d’Anne Frank, pourquoi vous a-t-il « casté » pour ce rôle ?

FH : Paradoxalement, il lui fallait un acteur charismatique comme l’étaient Bernard Giraudeau et Jean-Luc Boutté (hélas tous deux décédés) et moi-même de la génération fin des années 40, et donc l’un des derniers qui reste pour cet emploi-là. Comme l’étaient aux Etats-Unis, Grégory Peck et Henry Fonda. Le romantique, le candide capable d’un coup de sang, ou un Docteur Jekyll et Mister Hyde. C’est vrai que j’ai interprété des héros comme Jean Moulin et Octave, Perdican, Lorenzaccio d’Alfred de Musset, et des personnages très durs, Lucas Kesling dans La Femme publique de Zulawski, Lorenzaccio mis en scène par Zeffirelli, Hamlet, Richard III. C’est cette double facette qui, je pense, a convaincu Steve Suissa.

APP : C’est pour moi un fort bon enchaînement car avec Bronx, vous donnez une autre image que celle que l’on vous prête souvent, c’est-à-dire, sérieux, théâtral, romantique, guindé… Vous confirmez ?

FH : Absolument, je confirme. Ce qui est intéressant, c’est de comprendre l’époque dans laquelle on vit, c’est Jean-Louis Barrault qui m’avait appris ça. Celui d’un acteur qui a le devoir de continuer la chaîne du passé, comme un musicien jouant du Bach, Malher, Schumann, Schubert, Gershwin, Wagner. Comme le musicien, l’acteur est quelqu’un qui crée, tel ce personnage dans Bronx. Ou un cycliste qui veut battre le record contre la montre. Bien sûr le risque est énorme, mais en même temps, c’est un plaisir, car on sait qu’on se remet en question. D’ailleurs je vais bientôt reprendre L’affrontement avec Davy Sardou, que Jean Piat avait créé il y a dix sept ans avec Francis Lalanne. Lorsque Jean est venu me voir dans Le Journal d’Anne Frank, il m’a demandé de reprendre le rôle, dans une nouvelle mouture et plus actuelle. C’est à nouveau Steve Suissa qui assurera la mise en scène. Encre un caractère très cinématographique et naturel dans le jeu.

APP : Peut-on dire que vous, Francis Huster, aimez les histoires sur la mafia, sur le racisme et ce qui touche à l’humain ?

FH : Oui, et ce qu’il y a de beau dans cette pièce, c’est qu’elle défend la tolérance. Paradoxalement, le caïd n’est pas raciste quand il sait que Cologio aime une jeune femme noire, alors que le véritable père est un raciste. C’est une pièce émouvante, drôle, et l’on sort de la salle très ému et heureux. Je suis ravi d’avoir plongé dans cet univers sombre et humain.

APP : Avez-vous cherché à donner à ce très long monologue une interprétation cinématographique ?

FH : Oui, parce que c’est du naturel et une pureté de jeu. Il ne faut surtout pas théâtraliser les dix huit personnages qui prennent vie grâce au regard d’un enfant. C’est le point de départ de la pièce, il ne faut pas le louper, car il faut y entrer comme dans un film dès les premières minutes, et c’est ce qui m’a beaucoup intéressé. C’est le Petit Prince dans la mafia.

APP : C’est un bon enchaînement pour ma question : donc une très belle performance. Mais dites-moi, est-ce un cauchemar, un affrontement ou une pression supplémentaire, mais jouissive à chaque représentation ?

FH : Tellement concentré, que je ne prends pas mon pied à chaque représentation. Mais un marathonien qui pense aller jusqu’à la ligne d’arrivée. Je dirais que c’est un affrontement. Je préfère donner à ces personnages, une envergure humaine, plutôt qu’à les caricaturer.

APP : Qui est ce public qui vient voir Francis Huster dans Bronx ?

FH : C’est fou, parce qu’il n’y a pas un public, mais des publics. Des jeunes, comme s’ils venaient au cinéma voir un film sur la mafia, la génération de 50/60, qui leur rappelle les années Kennedy. A Paris, ces publics-là ont beaucoup plébiscité la pièce. Par contre, les 40 ans, non. Plus intéressés par des pièces où ils ne se posent pas de questions, ne réfléchissent pas. Oui le succès de Bronx, on le doit aux jeunes et à ceux de ma génération.

 

Francis Huster dans Bronx dans une mise en scène de Steve Suissa – 18 mars à 20h30 – Gare du Midi à Biarritz   gareBiarritz-e751c

Tarifs : de 34 à 48€

Réservations : 05 59 22 44 66 et www.entractes-organisations.com

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 15 au 21 mars 2013.

PEOPLE-8553.JPG

Francis Huster : ange gardien du théâtre vivant, une voix envoûtante et une véritable tornade sur scène !


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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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