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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 19:55

Bertrand Tavernier ... un cinéaste sous influences

 

Homme de cinéma depuis son adolescence et tour à tour assistant réalisateur, critique, attaché de presse, spécialiste du cinéma américain, président bénévole de l'Institut Lumière à Lyon, conteur inlassable, agitateur d'idées, amoureux du cinéma, des acteurs et des ... femmes ! C'est Bertrand Tavernier celui qui captive, hérisse mais qui ne laisse personne indifférent. C'est un véritable créateur en effervescence, homme timide parfois coléreux mais sans rancune, décent, emporté par ses passions et fidèle dans ses choix et ses amitiés. Homme très à l'écoute de l'autre, il a rencontré les plus grandes pointures du 7e art. Il séduit par son érudition et ses engagements. Sûr qu'on ne l'oublie pas. Chaque rencontre est une occasion pour lui d'apprendre, "apprendre" étant le mot qui revient le plus souvent dans sa bouche. Celui aussi qui brandit l'étendard pour défendre les plus faibles et qui vole au secours des opprimés. Alors en ce 26 mai, à l'occasion de son passage à Biarritz pour fêter le 6e anniversaire de la nouvelle salle de cinéma LE ROYAL, en présence de ses directeurs Jean et Corine Ospital, j'ai voulu être le complice de cet homme-là le temps d'une interview à la librairie Bookstore où il dédicaçait son livre "AMIS AMERICAINS". Un véritable coup de cœur...

 

BT 1

(JP de Bayonne) Tavernier est incontestablement le chef de file du cinéma français !

 

APP : Le Royal projette "le juge et l'assassin". Comment est né le scénario ?. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette histoire ?. Pourquoi le choix de Philippe Noiret ?

BT : J'aimais les films de Claude Autant-Lara comme le Diable au corps ainsi que ceux de Julien Duvivier. Et aussi parce que j'ai voulu travailler avec Jean Aurenche et Pierre Bost (dialoguistes qu'une violente attaque de la Nouvelle Vague avait laissé sur le bord de la route pendant 20 ans et, qu'en quelque sorte, je sortais du purgatoire) qui avaient commencé à écrire un scénario, qui m'intéressait, sur une sombre affaire d'un tueur en série dans la France du XIXe siècle. Aurenche avait cette facilité de faire naître l'insolite, la poésie. Tous deux étaient pour moi de formidables collaborateurs. J'ai été attiré par ce face à face d'un juge roublard et d'un assassin rusé. Mon choix pour Noiret c'est parce qu'il était crédible dans bon nombre de personnages et je peux vous le dire, c'était mon acteur fétiche (8 films ensemble). Entre lui et moi c'était l'osmose et j'avais énormément d'amour et de respect pour lui. Il me manque beaucoup ainsi qu'au cinéma.

APP : Lors de sa sortie, comment la justice française a-t-elle réagi ?

BT : Les magistrats ont très bien réagi. L'un deux, Pierre Truche, a pris mon film en exemple pour organiser des débats et des conférences afin de mieux faire comprendre le rôle d'un juge d'instruction face à de telles affaires.

APP : Pendant des mois vous insistez auprès de Georges Simenon pour qu'il vous cède les droits de son roman "l'horloger d'Everton" version cinéma "l'horloger de Saint-Paul" (programmé également au Royal). Pas facile de père de Maigret ! De sèches fins de non-recevoir ... Alors pourquoi ce revirement ?

BT : Il s'est tout simplement lassé de mon insistance parce que je voulais coûte que coûte faire ce film et surtout parce qu'il y avait Noiret. A mon avis, je l'avais épuisé ! (sourires). Sachez que lorsque j'ai une idée dans la tête...

APP : Par quel hasard êtes-vous devenu le parrain de la nouvelle salle Le Royal qui fête cette année ses six ans ?

BT : Par le travail exceptionnel des directeurs de cette salle Jean et Corine Ospital. Egalement pour sa programmation éclectique. J'avais envie de soutenir ces fous de cinéma, de leur amour pour celui-ci. Et j'ai répondu oui sans hésite lorsqu'ils me l'ont proposé.

APP : Votre amour pour le cinéma, les acteurs et les ... femmes, vous y croyez toujours ? Citez-moi une de vos actrices fétiches (sans créer de jalousie).

BT : Absolument... toujours, toujours et jusqu'à la fin de mes jours. L'actrice qui tournera dans mon prochain film. Confidence pour confidence : je les aime toutes ! (rires).

APP : Vous dites ne pas être un homme politique mais un cinéaste. Pourtant, vous avez pris position contre la loi sur l'immigration, vous avez même défilé lors de la manif des sans-papiers à Toulon et voyant l'affiche du Théâtre Municipal où l'on jouait "un de la Canebière" vous lancez à vos compagnons de marche une tirade de cette pièce "les tramways de tes débordements glissent sur les rails de mon indifférence !"

BT : Oui celle-ci s'adressait aux partisans du Front National en répondant à leur provoc vis-à-vis des manifestants à qui ils envoyaient des saluts et sablaient le champagne du balcon de l'Hôtel de Ville. Voyez là un simple citoyen lambda, un agitateur d'idées qui défend les causes et qui n'accepte pas l'injustice, la guerre, le racisme, la peine de mort, la misère physique, la drogue ...

APP : En 2001 vous disiez qu'après avoir réalisé "autour de minuit" que cela vous avait guéri de toute intention de faire carrière Outre-Atlantique. Mais alors votre extraordinaire film "dans la brume électrique" tourné en Louisiane avec des acteurs américains ?

BT : C'est simple, comme j'étudiais l'histoire du cinéma américain, plus j'allais en Amérique et plus j'étais heureux de travailler en France. Cela ne veut pas dire que je ne voulais pas faire de films aux Etats-Unis, mais pas y faire une carrière. La vraie motivation pour ce film "dans la brume électrique" c'était de travailler avec James Lee Burke, j'aimais le ton et l'atmosphère de ses livres, je voulais passer du temps avec ses étranges personnages et découvrir son univers et la Louisiane du Sud.

APP : Pourquoi votre choix sur l'acteur Tommy Lee Jones ?

BT : Il était, depuis le début, dans mes projets. Malgré une production française, il me fallait une production américaine par rapport aux syndicats, aux lois du travail... Je ne concevais pas tourner sans Tommy et j'ai trouvé le producteur qui avait produit "trois enterrements". Tommy Lee Jones est un acteur bourré de talent, charismatique à souhait, généreux. Il s'est révélé bien plus qu'un interprète. Il s'intéressait à ses partenaires, ne tirant à aucun moment la couverture à lui. J'appréciais ses conseils, ses idées sur telle ou telle scène, également sur quelques répliques. C'est un grand acteur avec lequel on a grand plaisir à travailler. En un mot, c'est un véritable pro. Je le respecte et le remercie d'avoir été de l'aventure. J'aimerais qu'il sache que le public français l'apprécie fortement.

APP : Pour un cinéaste qui se veut libre de ses choix, vous avez quand même accepté un compromis avec le producteur américain sur ce film qui a estimé que votre version ne serait pas compréhensible pour le public américain. Que nous répondez-vous ?

 

(JP de Bayonne)

 

BT : C'est exact, j'ai accepté qu'il y ait une version pour le public américain parce que, tout simplement, le producteur possédait les droits pour ce territoire. Je dois vous dire que le film a été financé avec des fonds français. De vous dire également qu'il y a plus de 300 cinéastes qui ont accepté des versions différentes voire totales comme "Brazil", "la horde sauvage" "la reine Margot"... Mais les négatifs français sont intacts et la version est restée selon mes vœux ! Dans cette corporation il y a toujours des compromis pour des films qui passent à la télévision parce que jamais le bon format, jamais le bon son. C'est sûr, on subit !

APP : Sujet sur la mort avec "un dimanche à la campagne", "la mort en direct" et "Daddy nostalgie"... Quel est votre sentiment face à celle-ci ?

BT : "la mort c'est un manque de savoir-vivre !" Cette phrase est de l'humoriste Pierre Dac, mais en fait le véritable auteur est Alphonse Allais.

APP : En parlant de vos proches et plus précisément votre famille : Colo, Nils, Tiffany et Dominique... ça n'a pas dû être facile pour eux d'exister face à votre forte personnalité ?

BT : Oh non, aucun problème pour eux. Avec Colo, mon ex-épouse j'ai fait cinq films. Mes enfants ont été mes co-auteurs. C'étaient des collaborateurs précieux comme les autres. Bien sûr il existe toujours des hauts et des bas, des tensions lorsqu'on partage la même passion, le même art ais jamais dans l'irrespect de leur travail. Nous étions d'égal à égal et soudés.

APP : A présent si vous le voulez bien quelques questions plus légères. On dit que vous possédez un bon coup de fourchette et même l'art de cuisiner. Peut-on connaître vos restaurants préférés sur la Côte Basque ainsi que vos endroits de flânerie ?

BT : "chez Albert" et "El Callejon" à Biarritz. Leurs poissons est un vrai régal pour les papilles. Et ceux sur le port des pêcheurs à Saint-Jean-de-Luz. Toujours à Biarritz, le Port Vieux, la Grande Plage, les Halles et chez Dodin. Lorsque j'ai le temps j'aime me promener également à Bayonne le long de l'Adour et de la Nive et faire un tour aux Halles.

APP : Pensez-vous dans un proche avenir tourner un film sur le Pays Basque ?

BT : Une région pour moi n'est plus un sujet de scénario mais un cadre. Pour le moment ça n'est pas à l'ordre du jour.

APP : Pensez-vous qu'il y ait actuellement une crise dans l'industrie du cinéma ?

BT : Pas vraiment, il n'y a qu'à voir le dernier festival de Cannes qui a été une cuvée florissante. Dans tous les cas, la crise ne se ressent pas pour le moment. On fera toujours des films de plus en plus de qualité. Et puis il y a une belle relève de metteurs en scène et d'acteurs.

APP : Rêve ou réalité concernant votre prochain tournage "la princesse de Montpensier" d'après l'œuvreMadame De Lafayette qui promet un beau casting comme Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Louis Garrel, Gaspard Ulliel et Mélanie Thierry ?

BT : Pour l'instant cela fait partie du domaine du rêve... J'y croirai lorsque je dirai ... Moteur. Ce qui est sûr, ce sera ce même formidable casting.

 

 

Farouche défenseur de la liberté d'expression à travers son cinéma, ouvert sur le monde, envers et contre tous !.

 

Article paru dans 'la semaine du pays basque' du 4 au 10 juin 2009.

 

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Published by alain-pierre-pereira-journal.over-blog.com - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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