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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 19:36

Bullet Park

Entre causticité et vaudeville.

 

bulletpark.jpgBullet Park qui sera jouée sur la scène du Théâtre de Bayonne les 22 et 23 mai à 20h30, décrit avec mordant des gens qui ont dû apprendre à vivre ensemble et à fonder une nouvelle société. On suit avec indulgence les chaos intérieurs et les fêlures des personnages. Aucun cynisme, juste de la fragilité. Le Collectif Les Possédés explore les gouffres d’une société capitaliste, entre causticité et vaudeville d’une Amérique conservatrice. J’ai voulu en savoir un peu plus en interviewant l’un des comédiens : Daniel Clavel.

 

APP : En quelques mots Daniel Clavel, présentez-moi le Collectif Les Possédés, fondé en 2002 par Rodolphe Dana et Katja Hunsinger…

DC : Un Collectif qui a ce désir du travail à égalité avec une remise au centre de l’acteur, un désir de travailler sur l’intime, de prendre les personnages comme personnes en les rapprochant de nous, dans une économie modeste. Pas de gros décor, un rapport au public direct, les spectateurs transformés en témoins. Du jeu, du lien, des accidents, des surprises, le tout parfumé de beaucoup de présent. C’est ça notre Collectif et c’est difficile de le présenter sans nommer les acteurs qui le constituent, car nous sommes tous de cette aventure : Françoise Gazio, Katja Hunsiger, Emile Lafarge, Marie-Hélène Chavrial, Rodolphe Dana, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Christophe Paou et moi-même.

APP : En 2004, 1ère mise en scène de Rodolphe Dana pour « Oncle Vania » de Tchekhov, puis pour la première fois, il adapte pour le théâtre « Bullet Park », d’après le roman de John Cheever, surnommé curieusement le « Tchekhov des banlieues ». Alors, hasard ou clin d’œil du passionné de l’auteur russe ?

DC : Un heureux hasard. Et ce qui fait le rapprochement, c’est le goût de Cheever pour une communauté, celle de la middle-class américaine comme Tchekhov affectionne cette bourgeoisie russe de fin de siècle. Le même ennui, la même inaptitude, la même quête de cette vie, le même désir de retrouver l’Eden Moscou, la jeunesse, le temps envolé pour Tchekhov, l’aventure des pionniers, le bonheur absolu, la sécurité pour les personnages de Cheever. Ils sont autant anthropologues de leur temps que magiciens de la fiction. C’est cela qui a provoqué l’envie de monter Bullet Park. Et la possibilité de découvrir un autre endroit de travail scénique. Plus de comédie, moins de naturalisme.

APP : Peut-on dire que le metteur en scène a donné plus de modernité au texte de l’auteur qui montre les fêlures de ses héros sans jamais les juger, mettant en avant leurs qualités, défauts et paradoxes ?

DC : Non, il n’a pas eu à être plus moderne que Cheever. Le monde qu’il décrit est celui dans lequel nous vivons avec le progrès de la technologie en plus. Cette quête américaine est devenue mondiale après-guerre et nous en payons aujourd’hui le prix fort. Le XXème siècle a été plein de violence, d’utopies, de désenchantement, de normativité, de progrès aussi, qu’ils soient philosophiques, techniques ou scientifiques. Un tsunami dans Disneyland en quelque sorte. Derrière la joliesse des banlieues, une vie tranquille, se cachait ou se cache encore des pulsions violentes qui agissent cachées par l’hypocrisie. A fermer les yeux et faire l’autruche, on s’expose à une désillusion cuisante. Et tout ça fait une matière théâtrale très riche, drôle et grinçante.

APP : Cette pièce oscille-t-elle entre drame et vaudeville ? Est-elle tendre, ironique, caustique ?

DC : Cheever est cruel avec ses personnages, car il ne les ménage pas, mais dans le même mouvement, il les rend attachants. Ils sont si perdus, si fragiles face aux risques de vivre, que nous ne pouvons pas les détester, les accabler. Nous sommes aussi constitués de certaines de leurs névroses, même s’ils semblent être d’un autre temps. Mais ce temps, c’est le nôtre, l’histoire va moins vite que l’on pense. Cet auteur n’est pas cynique, il est ironique, il ne s’absente pas de son sujet. Il ne regarde pas ses personnages avec arrogance et il ne les montre pas du doigt. Il est ironique, c’est-à-dire qu’il les aime encore, même s’il n’approuve pas tout ce qu’ils font.

APP : Quelques mots sur la mise en scène de Rodolphe Dana et sur le jeu de ses comédiens ?

DC : Le travail sur ce texte nous a permis de visiter d’autres formes de jeu. Le vaudeville notamment, c’est-à-dire, l’exagération des passions sur un plan plus comique. De pousser le jeu à la limite de la caricature. Qu’au fil de la pièce, les personnages apparaissent démunis, plus proches d’eux-mêmes, de leur être, pour ensuite retourner à leur vie protégée. Il a fallu pour les acteurs, travailler à cet endroit du jeu, entre sincérité et caricature, de trouver l’équilibre entre ces deux pans de l’art dramatique.

 

Le Collectif Les Possédés présente Bullet Park – 22 et 23 mai à 20h30 – Théâtre de Bayonne   2D7D2AC6-531E-45BD-B225-48AA9717A9CC[3]

Tarifs : 30, 27 et 18€

Réservations : 05 59 59 07 27

Dans le cadre des « Maimorables ».

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 17 au 23 mai 2013.

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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