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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 01:21

INTERVIEW GERARD JUGNOT ... c'est le rose l'important !

 

Pour la rentrée cinéma 2009, l'acteur réalisateur, Gérard Jugnot offrira le 14 octobre, son dernier opus et son 11ème long métrage "rose et noir". Il s'agit d'une comédie historique, du genre cape et épée, dans une Espagne catholique intégriste, qui parle de notre époque, à une distance très éloignée. Le réalisateur précise que ce n'est pas un film en costumes, mais un film... costumé ! La semaine du pays basque a rencontré dans la Cité des Corsaires, cet homme sincère, authentique, anti-frimeur, au regard tendre et rieur, l'un des piliers du cinéma français, que les cinéphiles apprécient.

 

Alain-Pierre Pereira pour 'la semaine du pays basque' : Vous êtes un artiste "multicartes" (ndlr : c'est lui qui le dit) acteur, réalisateur, scénariste, producteur. Dites-nous qu'elles ont été vos motivations pour "rose et noir", une comédie, où derrière le sourire, se cache une raison sérieuse.

Gérard Jugnot : En fait, l'idée germait dans mon esprit depuis fort longtemps et déçu de n'avoir pu réaliser "astérix en Hispanie". L'Espagne est un pays que j'adore et je voulais y tourner un film à grand spectacle, avec des costumes d'époque, de beaux décors, des carrosses. Ah ! ce désir de vouloir réaliser un ... "carrosse movie" ! (rires).

 

Une alchimie qui transforme le malheur en joie !

 

APP : "rose et noir" transmet de profonds messages humains : tolérance, acceptation des différences, valeurs universelles, de plus, la nécessité de vouloir et d'oser pour concrétiser les rêves et les ambitions, parfois invraisemblables...

GJ : Tout à fait ! "rose et noir" évoque la domination pernicieuse et tous les excès qui concernent, l'intégrisme et le sectarisme. Je parle également du racisme, de la religion, du droit à la différence, à l'époque de l'Inquisition en Espagne. Quand je pense que de nos jours on continue à s'entretuer au nom de Dieu ou de Allah, cela me navre énormément ! Les masses, les partialités, les doctrines sont les vrais moteurs de la haine !

APP : Pourquoi ce titre "rose et noir" ?

GJ : Parce que des couleurs opposées. La couleur rose qu'adopte ce couturier extraverti, extravagant et ... homosexuel, est un clin d'œil à la douceur dans le cœur même de l'Inquisition espagnole. N'oublions pas que le rose est le symbole de la mode, de la vie heureuse, contrairement au noir qui représente la curiosité malsaine, la laideur des bassesses. Et de ce tribunal ecclésiastique qui passe son temps à dénier le désir et le plaisir... "rose et noir" c'est l'alchimie qui transforme le malheur en joie. En fait, ce film représente une belle âme de comédie, où le drame s'arrête à temps.

APP : Le projet a-t-il été accepté très vite ?

GJ : (le sourire malicieux) Oh que non mon brave ami ! Le scénario n'a pas immédiatement convaincu les partenaires. Une histoire qui raconte les péripéties d'un couturier homosexuel dans l'Espagne rigoriste, et qui parle d'intolérance, les mettaient un peu mal à l'aise. D'ailleurs, l'un d'eux nous a lâchés dès le début. Après moult tractations, j'ai fini par les convaincre. Luc Besson a repris la distribution du film et Manuel Munz y a cru pour notre 3ème collaboration.

APP : Vous dites avoir trouvé cette phrase de Gisèle Halimi (compagne du réalisateur) "une foi n'est tolérable que si elle est tolérante". N'est-ce pas utopique de penser que tout le monde "il est beau, il est gentil ?". Quel regard portez-vous sur l'être humain ?

GJ : Certes, le message n'est pas des plus nouveau, mais face à l'intolérance, il n'y a pas d'autre issue que d'être soudés, parce qu'on est tous exposés. On est toujours le juif ou l'arabe ou le pédé de quelqu'un... La tolérance, le droit à la différence ne se divisent pas ! Pas question d'être débonnaire pour les uns et pas pour les autres. Ça serait la pire injustice. Je me fous qu'untel croit en Dieu, à Mahomet, ou à la plus belle fille du monde (rires), du moment qu'il fout la paix à l'autre. L'être humain n'est pas foncièrement mauvais.

GJ 1
 

Alors mes mignons prêts à voir la vie en rose ? (dr)

 

J'aime le cinéma de MELVILLE, JOFFE, DE BROCCA...

 

APP : Qui est Saint Loup ?

GJ : Sans embellir, je dirais qu'il se voue aux autres, celui qui se "dégrime" après la représentation, au sens propre comme au sens figuré, un clown face aux mesures drastiques et au fanatisme. Celui qui devient un homme bien, hors du commun pour son époque, et qui sera un gentilhomme... ordinaire pour partager l'expérience commune. Paradoxalement, il est toujours solitaire, une sorte de chevalier Bayard qui va seul à la guerre contre les préjugés (ndlr : son plaidoyer devant le tribunal inquisitorial est d'une influence à vous estomaquer !). Un "Pagliacci" du XVIème siècle pour le rose, c'est l'important !.

APP : Parlez-nous du casting

GJ : Une extrême envie d'avoir à mes côtés, l'acteur Bernard Le Coq, il est épatant et je l'adore. Son personnage (le secrétaire de Saint Loup) est ambigu ; gentil en surface mais traître et vengeur à l'intérieur. Patrick Haudecoeur, c'est le Robert Dhéry actuel. Stéphane Dubac, j'avais tourné avec lui dans "Faubourg 36" et je l'avais apprécié. Assaad Bouab, c'est l'Arabe qu'on pouvait transformer en ... normand blond (rires) ! Raphaël Boshart est un môme formidable. Juan Diego est le parfait Piccoli Ibère. Saïda Jawa (célèbre avocate, fondatrice et coprésidente de l'association Choisir/la cause des femmes, auteur de nombreux ouvrages) est une actrice lumineuse, qui dégage une énergie fantastique et elle est belle ! (le regard rêveur) et mon fils Arthur (avec une certaine fierté) c'est la relève Jugnot (rires). Je vais bientôt lui écrire un vrai rôle.


 GJ 2

silence, moteur, action... (dr)


APP : Quels souvenirs gardez-vous du tournage de "rose et noir" ?

GJ : Mazette ! beaucoup, beaucoup... Il faut savoir que nous avons énormément voyagé en France et en Espagne. Les costumes, décors, tout était féérique et une équipe technique formidable. Et puis il y a la fameuse séquence des taureaux qui voulaient m'encorner ! (rires). Oui, j'ai vécu la vie ... en ROSE ! (rires).

APP : Connaissez-vous le Pays Basque ?

GJ : Plus mes parents que moi. Ils venaient depuis une dizaine d'années à St Jean-de-Luz passer leurs vacances. Ironie du sort, mon père est décédé dans cette ville, il y a maintenant 6 ans. Je connais Guéthary et Biarritz, pour y avoir des amis. C'est un bonheur pour moi de revoir la mer, d'apprécier le soleil et les rochers, et prendre le temps de vivre au Pays Basque !

 

(ndlr : un vif merci à Xabi Garat, directeur du cinéma le Rex à St Jean-de-Luz pour sa précieuse collaboration).

 

* Scénario proposé au producteur Claude Berri qui n'a pas donné suite.

 

Article paru dans 'la semaine du pays basque' du 11 au 17 septembre 2009.


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Published by alain-pierre-pereira-journal.over-blog.com - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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