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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 01:16

Mon pire cauchemar… ou la vérité du sentiment !

 

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L’actrice Isabelle Huppert, l’image symbolique de la beauté glacée, tour à tour discrète, distinguée, étincelante, aux silences apparents possède une aura indéniable. La rousse flamboyante habituée aux emplois dramatiques, flirte à nouveau avec la comédie dans « Mon pire cauchemar ! » d’Anne Fontaine, à l’affiche depuis le 9 novembre. A cette occasion, la muse de certains réalisateurs m’a donné rendez-vous au cinéma Le Sélect à Saint-Jean-de-Luz, où elle a l’habitude de venir en vacances. Entretien.

 

APP : Bonjour Isabelle Huppert. Vous n’êtes pas dans le registre dramatique intello avec « Mon pire cauchemar ! » aux côtés de Benoît Poelvoorde. Une façon de révéler un autre aspect de vous-même ?

IH : Curieuse cette litanie à vouloir m’inscrire dans le drame intello lorsque je flirte avec la comédie. Mais je n’en suis pas à mon premier coup d’essai, souvenez-vous de Sac de Nœuds, la Femme de mon Pote, les Sœurs Fâchées, Huit femmes et plus récemment Copacabana. Le film d’Anne Fontaine n’appartient pas au burlesque ni à la comédie pure. Mon pire cauchemar serait dans le jargon américain la « romantic comédy », celle débridée et épicée d’un zeste de romantisme. Une rencontre improbable où se côtoie l’utopie et le fantasme. Et rien ne me stresse à jouer dans tel ou tel rôle, car je suis une actrice … déstressée ! (rires) et bien loin des images ou étiquettes qu’on me colle d’être exclusivement dans le registre du film dramatique, sombre et complexe comme on le prétend. J’incarne tout simplement des personnages qui me séduisent.

APP : Donc qu’est-ce qui vous a séduit et amusé dans ce scénario ? Heureuse d’avoir tourné sous la direction d’Anne Fontaine. Agathe vous ressemblait-elle ?

IH : Un désir resté longtemps insatisfait. Oui heureuse de tourner sous la direction d’Anne Fontaine dont j’avais aimé le film provocant et sombre Nettoyage à sec avec Charles Berling et Miou-miou. J’ai appris avec bonheur qu’elle avait pensé à moi bien avant d’écrire le scénario. Elle voulait coûte que coûte notre duo d’acteurs et pas un autre ! Fort drôle cette alliance entre le « douanier ch’ti » et la « pianiste » ou « la froide et le lourdingue » et c’est ce qui fait que j’aime sa liberté au cinéma, ses formules, son excentricité ou lorsqu’elle prend des directions  plus légères sans pour autant prévisibles. J’aime ses détournements de codes, son originalité toujours présente et je lui dis merci de m’avoir entrainée sur son terrain. Quelque part Agathe me ressemble parce que organisée, active, mystérieuse, hyper structurée. Comme elle, j’aime la fantaisie et je suis sensible et je n’ai pas craint de me montrer antipathique et coincée au début du film ! Pour tout vous dire, j’aime le jeu dans cette histoire qui va vers plus d’esprit, de clairvoyance. C’est ce qui fait sa force et elle permet d’abolir les clichés et les frontières. C’est aussi le choc des cultures, la vérité des sentiments ! Deux personnages représentatifs de leur milieu.

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APP : C’est votre première rencontre avec Benoît Poelvoorde. Comment avez-vous vécu le partage des scènes avec lui ? Etiez-vous en influence réciproque ?

IH : Anne Fontaine voulait nous réunir depuis longtemps dans un de ses films et j’ai été agréablement surprise de rencontrer un acteur facétieux et brillant, touchant et vulnérable à la fois. Avec lui le tragique se rapprochait du comique et le rire était toujours de la fête. Notre point commun ? Le plaisir du jeu ! Sa simplicité et son écoute dans le travail ont empêché les complexités. Anne Fontaine (dont c’est la troisième collaboration avec Benoît) a joué sur les caricatures de nous-mêmes à l’écran. L’expérience de l’un influence l’autre et vice et versa, ce qui a évité qu’on reste chacun de son côté. Grâce au jeu de l’improvisation, de l’instantané, lui dans l’exubérance et moi un peu plus réfrigérante, on croit à ce couple improbable.

APP : Benoît vous compare à un stradivarius, il dit aussi que c’est un privilège de tourner avec vous… Que répondez-vous à cela ?

IH : Je dis qu’il a entièrement raison ! (rires). Cela ne m’étonne pas à vrai dire, car Benoît est un être extrêmement fin et profond, qui ne joue pas avec les sentiments d’amitié, n’excluant jamais l’autre et il a respecté mes moments de silence. Quel plaisir de croiser le fer avec cet acteur déjanté et percutant ! Je peux vous dire que sur le plateau l’humour a battu son plein et jouer avec lui fut une expérience infiniment distrayante. Son rire est généreux. Je reste attendrie par notre rencontre. La bourge intello s’est follement amusée en sa compagnie ! Et dire que tout le monde pensait « Huppert et Poelvoorde, ça ne va pas marcher ! ». Croyez-moi Benoît Poelvoorde n’est pas mon pire cauchemar ! (rires).

APP : C’est aussi une première aux côtés d’André Dussolier…

IH : Oui, alors que nous nous connaissons depuis toujours ! Et bizarrement tant au cinéma qu’au théâtre, on ne nous a jamais réunis. A présent c’est chose faite, le 7ème art nous a mariés (rires), mais avec ce petit hic, notre couple repose sur une complicité cérébrale, mais c’est le chaos sur le plan charnel. Alors il se lâche dans l’adultère en retrouvant une seconde jeunesse dans les bras de la charmante Virginie Efira qui est pour moi une actrice prometteuse. J’aime lorsqu’André manie si naturellement l’ironie et la distance. J’ai eu de l’agrément à travailler avec lui.

APP : Merci chère Isabelle. Avant de nous séparer, quel serait votre mot de la fin ?

IH : Chaque film est une aventure nouvelle que je ne veux pas comparer avec la précédente. C’est exaltant de penser qu’un cinéaste a toujours envie de vous filmer, qu’il cherche à entrevoir la totalité de votre personnalité et qu’il reste intéressé par tout ce que vous faites. Après chaque tournage, c’est le souvenir qui compte, mais au cas par cas, pour chaque exemple de participation.

 

Mon pire cauchemar est un film qui navigue dans la pure comédie avec aisance. Les dialogues sont d’un délicieux supplice pour nos zygomatiques et on se saoule de plaisir pendant 1h40. A mon humble avis cette fiction en toute objectivité, c’est un antidépresseur, presque un aphrodisiaque !

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 11 au 17 novembre 2011.

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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