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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 00:16

Philippe Cohen : il émancipe et dynamise la danse !

 

philippe-cohen.jpgPhilippe Cohen est le directeur de la danse du Ballet du Grand Théâtre de Genève, qui possède un haut niveau d’interprètes et des choix artistiques ambitieux. Une troupe de 22 danseurs reconnue pour sa créativité et figure de référence en Europe et dans le monde avec ses registres néo-classique et contemporain. Outre la pluralité de ses styles, elle s’enorgueillit de travailler avec les plus grands, Baryschnikov, Noureïev, Kylian, Forsyth, Lucinda Childs. La compagnie est en tournée avec deux pièces « La Nuit Transfigurée » et « Requiem », qui possèdent une même particularité : lumière et obscurité. Elle est invitée par Malandain Ballet Biarritz dans le cadre d’un projet transfrontalier, à la Gare du Midi à Biarritz le 1er avril à 17h. Entretien avec l’humble et généreux Philippe Cohen, son directeur de ballet, celui qui émancipe et dynamise la danse !

 

APP : Bonjour Philippe. En quelques mots voudrais-tu te présenter ?

PC : je suis né en 1953 au Maroc. Tôt je me suis intéressé à la musique et au théâtre. Mon goût pour la danse est venu plus tard grâce à Maurice Béjart dont j’avais vu le Roméo et Juliette au festival d’Avignon en 1968. Lorsque j’ai rencontré Maurice, il m’a dit être heureux d’avoir « initié » une vocation, de m’avoir permis « d’entrer en danse » uniquement pour le meilleur. Depuis, ma passion ne s’est jamais démentie. De 1990 à 2002, j’ai dirigé les Etudes Chorégraphiques au Conservatoire de Lyon et en 2003, je suis nommé directeur de la danse au Ballet du Grand Théâtre de Genève par son directeur Jean-Marie Blanchard.

APP : A ce propos, par quel heureux destin as-tu été nommé à ce poste ?

PC : Ah ! la vie et le destin (rires) ! D’une rencontre avec Jean-Marie, grâce à Liliane Martinez, alors codirectrice  de la compagnie Dominique Bagouet. Cette promotion est venue au bon moment pour moi. En effet, après mes passages au Ballet de Nancy, chez Dominique Bagouet, les Etats-Unis, Coordinateur des Etudes au Centre National de Danse Contemporaine à Angers, et maître de ballet au Jeune Ballet de France, j’avais envie de me confronter à un nouveau challenge. Je tiens à dire que je n’ai jamais manqué un seul ballet de cette compagnie ! (rires).

APP : Comment es-tu vécu ce glissement de danseur vers la direction de danse ?

PC : Très tôt j’ai su qu’il fallait mettre fin à une carrière de danseur en pleine possession de ses moyens. Surtout ne pas vivre le lent mais inévitable glissement vers une difficulté à assumer sa vie de danseur « vieillissant » (rires). J’ai donc arrêté la danse à 30 ans. J’avais encore ce tonus pour recommencer une vie. Aujourd’hui, à l’aube de mes 60 ans, je n’ai jamais regretté cette décision, même si sur le moment ce choix ne fut pas facile à vivre et à accepter.

APP : Quels sont les courants de la danse que tu privilégies et quelles sont tes sources d’inspiration ?

PC : N’étant pas un chorégraphe, cela me permet une certaine ouverture d’esprit pour imaginer mes choix chorégraphiques, sans chercher à imprimer une esthétique de créateur particulier. Je ne privilégie aucun courant. Par contre, mes aspirations vont vers la création uniquement et au soutien de jeunes chorégraphes. Cette volonté est partie d’un constat que j’ai pu faire tout au long de mon parcours : voir de jeunes talents qui, pour des raisons économiques, créent des pièces pour trois, quatre voire cinq danseurs et si on ne leur donne pas la possibilité de faire des pièces pour un grand nombre de danseurs, dans dix ans, on n’aura plus de chorégraphes susceptibles de produire des ballets pour de grandes compagnies.

APP : Une troupe de 22 danseurs… Sur quels critères engages-tu un artiste ?

PC : Sur une technicité, un physique, une musicalité, une ouverture d’esprit et une générosité. Qu’il n’ait surtout pas une sur-dimension de l’égo où il s’égare parfois. J’attends qu’il me suive et qu’il ressemble au profil de la compagnie. Il faut que l’échange s’opère, qu’il fasse en sorte que je reçoive autant de lui qu’il reçoit de moi. Je l’assiste un temps dans la source qui fonde son engagement envers la troupe, et qui lui ouvrira quelques voies à l’aide d’outils susceptibles de l’aider à réaliser ses rêves. Il faut que le chemin que je lui trace soit dans ses pas, et qu’il se mette dans une humilité extrême, afin de lui permettre d’apparaître en pleine lumière. Si je n’ai pas la réponse, je ne l’engage pas.

 

philippe-cohen2.jpg

APP : Parle-moi des deux ballets, à la fois théâtrales et intimistes, choisis pour composer ce programme en clair-obscur…

PC : Ce sont deux ballets sur des musiques à peu près de la même époque, mais d’horizons artistiques complètement différents, de deux compositeurs Arnold Schönberg et Gabriel Fauté. Le premier, est chorégraphié par l’italien Francesco Ventriglia, et met en scène la recherche de l’ombre et de la lumière, sous le regard blafard de la lune. L’histoire d’une femme et d’un homme qui surmontent leur peur, leur angoisse, leur souffrance pour parvenir à un amour vrai. Pour quitter l’ombre et transfigurer la nuit, le deuxième ballet, qui est chorégraphié par le suisse Ken Ossola, est un dialogue entre la vie et la mort, où la vie et la lumière triomphent, qui mènent vers un horizon de sérénité et de clarté, grâce à une musique qui ne laisse jamais indifférent.

APP : Proche du danseur et chorégraphe Dominique Bagouet, le « baroque contemporain » et de la nouvelle danse française, décédé en 1992, quels souvenirs gardes-tu de lui ?

PC : Un être d’une grande rigueur intellectuelle, profondément humain, généreux, curieux, cultivé. D’une humilité et d’une simplicité bouleversante.

APP : Ma dernière question : à quoi ressemblera ta prochaine programmation ?

PC : Je ne peux rien te dévoiler pour l’instant. Je te donne rendez-vous le 24 avril prochain pour notre présentation de saison (rires).

 

Avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève, c’est une belle aventure balleresque dont on sort tout réjoui et ému, due à la maestria des danseurs et portée par l’ambition artistique de son directeur de la danse, Philippe Cohen.

 

Le Malandain Ballet Biarritz accueille Le Ballet du Grand Théâtre de Genève – dimanche 1er avril à 17 – Gare du Midi Biarritz Gare du MidiBiarritz

Tarifs : de 8 à 32€

Réservations : 05 59 22 44 66  et www.biarritz.fr

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 23 au 29 mars 2012. 

 

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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