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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:28

 


TALAMANIAXENA

τ∂ Λιμ∂νι∂ Ξεν∂

© Alicia Snicker.

 

Ta Limania Xena : Chants de l’âme rebelle et fière !

 

Des chants aux intonations emportées et vives entonnés dans les tavernes lorsque l’ouzo et le retsina ont réchauffé délicieusement les gosiers. Complaintes lointaines qui offrent un éventail de chansons sur fond grave, mais qui parlent de soleil, de plages inspirés par le rêve, dans une langue dont la source se perd dans la nuit des temps. Ces visages au teint frais ou ravinés, détenteurs de tant de souvenirs. Une musique troublée et fiévreuse prête à faire exploser le cœur au moindre clou planté ! Dénuement, exil, révolte et désespérance que seul l’amour ne pourrait effacer par sa vive lumière que s’il était heureux. Chants de l’âme rebelle et fière qui filent vers des univers factices, ces chants grecs qu’on appelle le « rebétiko », avec cette tristesse pudique qui voile les yeux des musiciens. Chaque rythme ou claquement des doigts ne revient que pour accentuer l’empreinte d’une suprême fatalité ! Un univers propre au groupe Ta Limania Xena qui sera à la Luna Negra le 25 février à 20h30, interprétant ici et maintenant cette musique, loin de son port d’attache. Entretien avec la contrebassiste et choriste Muriel Pelca.

 

APP : Bonjour Muriel. Merci de m’avoir accordé cette interview qui permettra à mes lecteurs de faire plus ample connaissance avec Ta Limania Xena. Tout d’abord, fais-nous une petite présentation de ce groupe, et pourquoi avoir adopté ce nom de scène ?

MP : Son histoire a commencé en 2005 avec la rencontre de musiciens amateurs ayant différents parcours dans des musiques traditionnelles, méditerranéennes, blakaniques, blues, réunis par une passion commune : la musique populaire de Grèce et le rebékito. Son nom de scène est venu d’une chanson emblématique d’un des principaux compositeurs de ce style de musique, Vassilis Tsitsanis, qui signifie « les ports de l’étranger » et qui parle de l’exil. Nous sommes un quatuor, dont un musicien grec originaire de Thessalonique, Tassos Tsitsivakos au bouzouki, baglama et chant, Colette Guilhem à l’accordéon et au chant, Pierre-Marie Blaja au bouzouki, au baglama et au chœur et moi-même à la contrebasse et au chœur.

APP : Comment procèdes-tu pour les adaptations des titres ?

MP : En écoutant divers enregistrements de cette musique ample et exceptionnelle à la croisée de l’Orient et l’Occident, dont beaucoup ont été faits vers les années 30 et que nous adaptons aux instruments et à notre sensibilité « d’Européens » vivant au XXIème siècle.

APP : Des musiques qui dérivent vers une quiétude toute orientale, vers le laika, le entchena et le folklore grec ?

MP : Oui, un mélange de toutes ces influences. Cette musique est née dans les années 30 lorsque la guerre éclate entre la Grèce et la Turquie et qui a forcé à l’exil la population grecque qui vivait en Turquie (principalement à Smyrne) depuis des générations. Ce que les Grecs appellent encore « la grande catastrophe » puisque ayant tout perdu, et qui se sont retrouvés dans la précarité et les bidonvilles. Des musiciens qui ont partagé leurs influences et qui ont composé des chansons reflétant leurs vies.

APP : En quelques mots l’univers de l’album Prin to Karama …

MP : En fait Prin To Karama est le titre d’une chanson de l’album. Une compilation de différents enregistrements depuis 2008. Un cd qui reproduit notre cheminement musical. Son nom est juste le nom du groupe Ta Limania Xena et que nous avons fait en auto-production.

APP : Comment t’es-tu intéressée au rebékito ?

MP : Tout simplement par nos parcours musicaux aux multiples influences. Mais aussi pour l’esprit libre de cette musique qui correspond bien à ce que nous ressentons dans la vie.

APP : On dit que cette musique est celle des gens simples pour des gens simples, un déséquilibre dans l’équilibre, une errance nocturne, une révolte…

MP : C’est avant tout une musique populaire. Le feu est parti d’un groupe de compagnons de fêtes, de tourments et de dérives, adoucis par le naguilé et la musique. Réfugiés de Smyrne ou venant du Pirée, ils ont composé des airs et des textes dans un langage aussi provocateur que poétique et qui expriment bien ce que vivait cette faune urbaine et non conformiste.

APP : Est-ce une partie importante pour toi que cette culture musicale grecque ?

MP : Bien sûr, par la richesse de toutes ces influences et l’apprentissage de la langue grecque qui est aussi importante que le latin dans les racines de la langue française.

APP : De quels compositeurs te sens-tu proche : Theodorakis, Dimitris Kokootas, Dimitris Mitropanos, Mélina Mercouri ?

MP : Tous ont été influencés par le rebékito. Censuré par la dictature, ce chant de l’âme rebelle et fière a cheminé de bouche à oreille jusqu’à nos jours porté par le bouzouki et le baglama, mélange brillant et inventif d’influences occidentales, orientales et balkaniques.

APP : Quelle est ta pensée par rapport aux évènements actuels en Grèce ?

MP : Le groupe poursuit son compagnonnage, interprétant ici et maintenant l’écho de cette musique et son esprit insoumis qui résonne toujours à l’heure de la mondialisation. Nous sommes solidaires des Grecs qui subissent une nouvelle dictature : celle de la finance ! Ils sont en quelque sorte le « laboratoire expérimental » de ce que peuvent supporter les autres peuples européens.

APP : Avant de nous séparer chère Muriel, quel serait ton mot de la fin ?

MP : Attention, le rebékito peut s’inviter dans les cœurs et y faire de longues et belles escales.

 

« O Grèce, sois toujours chaleur, musique, passion. Ne sois plus cette braise de la révolte ! Garde cette douce complainte dans le cœur des Grecs. Et toi Zorba le grec, danse ton sirtaki au son du bouzouki qui exorcisera la haine et la révolte et fera éclater le miroir du désespoir ! O Grèce, que ton chant est beau ! ».

 

Ta Limania Xena – 25 février à 20h30 – Luna Negra Bayonne

Tarifs : 11, 9 et 6€

Réservations : 05 59 25 78 05 ou www.lunanegra.fr

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 24 février au 1er mars 2012. logo luna

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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