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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 02:49

 

Line Renaud, dame de cœur et dame de carreau.


line-renaud-et-alain-pierre-pereira-copie-2.jpgSIDACTION – On fond de tendresse lorsque ses mirettes bleu acier vous foudroient d’un regard aimant. Elle est vraiment bien dans tout son ^être et … belle, belle, belle, malgré ses 85 printemps ! Line, c’est l’ivresse de vivre, la sempiternelle noblesse du cœur. Celle, qui malgré une vie menée tambour battant, garde une vitalité secrète à toute épreuve. Elle a toujours assumé ses choix, notamment celui d’être la vice-présidente du Sidaction, tout en menant à bout de bras sa carrière artistique, ô combien riche. Prise par une émission de fin d’année pour la télévision, elle m’a gentiment, comme à son habitude, proposé d’interviewer Christine Tabuenca, directrice de collecte et de communication du Sidaction.


Christine-Tabuenca.jpgParcours professionnel atypique, Christine Tabuenca a eu la chance d’avoir des expériences riches en émotions, en rencontres et en connaissances.

Après la Fac, elle part pour six ans en Tunisie avec les Volontaires du Progrès dans un premier temps, puis Handicap International par la suite. Six ans qui lui ont permis de se familiariser avec l’arabe dialectal, qu’elle parle couramment. Ces six années avaient pour objectif la mise en place de centres spécialisés pour des enfants handicapés mentaux légers, moyens et profonds.

Expérience qui s’est achevée brutalement en raison de la Guerre du Golfe. Le retour en France a été difficile, mais à nouveau, elle a eu la chance de trouver un travail enrichissant : chef de service d’un externat expérimental pour adultes handicapés, dont les parents vieillissaient et ne pouvaient plus garder leur enfant à domicile. Trois belles années qui ont pris fin en 1994, date à laquelle elle rejoint l’AFM-Téléthon, qu’elle ne quittera que plusieurs années après, pour une nouvelle aventure et un nouveau combat : le Sidaction.


APP : Pourquoi la mobilisation pour la journée de lutte contre le Sida doit-elle toujours rester vigilante et entière ?

CT : Plus que jamais. Le Sidaction médias en mars, et la Journée Mondiale sont les seuls moments où l’on parle de la mobilisation contre ce terrible fléau. Certes, d’immenses progrès ont été accomplis grâce à l’action des pouvoirs publics, des chercheurs, des donateurs et des malades eux-mêmes. L’arrivée de la trithérapie a permis de prolonger la vie des « séropo » et de réduire considérablement le nombre de décès. La transmission de la mère à son enfant est quasi-inexistante aujourd’hui… Mais hélas, nous n’avons toujours pas le vaccin-miracle. Le Sida continue son chemin avec des chiffres qui restent effrayants : 7 000 nouvelles contaminations chaque année en France, dont 11% sont des jeunes de moins de 25 ans. On estime que 50 000 personnes vivent avec le VIH sans le savoir, et qui après avoir contaminé les autres, découvriront leur séropositivité uniquement lors des premiers signes du stade Sida. Trente ans après la découverte du virus, cela est inconcevable. Donc oui, plus que jamais, nous devons rester vigilants et toujours proposer des préventions pour que la jeune génération puisse faire l’amour sans crainte.

APP : Quel est le thème cette année pour cette Journée Mondiale contre le Sida, journée si chère aux cœurs des malades et de leur famille ?

CT : Traditionnellement, à Sidaction, nous consacrons cette journée mondiale à la sensibilisation auprès des jeunes. Nous venons de réaliser une étude en ligne auprès de 600 jeunes de 15 à 25 ans, où entre 35 et 40% des personnes interrogées se déclarent mal informées sur les lieux de dépistage, les traitements d’urgence et l’existence de préservatifs féminins ; et plus de la moitié, sur les modes de transmission existants. Sur deux questions posées en 2007 et en 2013 « J’ai moins de risque d’être contaminé par le virus du Sida » on passe de 22 à 32% de personnes qui répondent favorablement ; et sur « Il existe des médicaments pour guérir du virus du Sida » on passe de 13 à 22% qui répondent favorablement, ce qui est très préoccupant, et qui démontre à la fois une banalisation et une désinformation sur le VIH. Le Sida, c’est toujours une lutte contre la « différence », le Sidaction, c’est une chaîne de cœur, une injustice de la maladie qui surgit au cœur d’une même liberté : celle d’une femme ou d’un homme. Mon combat est un combat contre l’indifférence, contre les discriminations que subissent les personnes touchées par le VIH. Aujourd’hui, il est encore difficile pour une femme ou un homme de parler dans son entourage professionnel ou social de sa séropositivité. On peut perdre son emploi, son logement. Le Sida est la maladie de l’amour, donc concerne tout le monde, qu’il soit hétérosexuel, homosexuel, jeune, moins jeune, blanc, jaune, rouge, noir… C’est contre tout cela que je me bats depuis 30 ans. Oui, c’est le combat de ma vie !

 

John Castet : Celui par qui le doute n’existe plus.


Le jeune et très alerte John Castet est chargé de la prévention et de l’accompagnement des minorités sexuelles et identitaires à Aides en Pays Basque, antenne de Bayonne.


Lisboa-picture.jpgAPP : John, malgré ta récente mission au sein de l’Association Aides/Antenne de Bayonne, qu’a fait l’association depuis le début de l’épidémie au niveau de la prévention ?

JC : Au quotidien, c’est de distribuer du matériel de prévention, c’est s’arrêter dans les commerces, dans les prisons, les hôpitaux, pour donner à tous les informations et outils nécessaires à une autonomie ou à une lutte face aux discriminations, à des disfonctionnements des systèmes de soins et d’accès aux droits. C’est promouvoir le dépistage, l’accompagnement à l’injection, organiser des revendications sur la qualité de vie, voir de vieillissement. Patiemment ou impatiemment, bouger les lignes, créer des horizons.

APP : Depuis peu, tu as mis en place avec Aides le fameux test du virus en 30 minutes, avec une formation au préalable, que l’on peut faire hors-milieu hospitalier, en laboratoire. Ca marche comment ? Et où peut-on se faire dépister ? Est-ce également anonyme ?

JC : Il s’agit d’un prélèvement de quelques gouttes de sang au bout du doigt, ce qui permettra d’évaluer un risque à 3 mois. C’est un dispositif gratuit, confidentiel, sans jugement, qui permettra de faire le point sur sa santé, ce qui est très important, sur les risques pris et les moyens de les réduire. On peut le réaliser dans les locaux de Aides à Bayonne, au 3 avenue Maréchal Harispe, tous les lundis dès 18h, ou dans les structures ou commerces partenaires, et dès la semaine prochaine dans les rues de Bayonne, avec un camion de dépistage aménagé spécialement pour les tests, toutes les précautions garanties, dans le cadre de la Semaine de promotion de dépistage.

APP : A quand le dépistage rapide aux hépatites B et C ?

JC : Ils existent déjà ! Ils sont une prérogative des structures médicales. Les ministères semblent ne pas vouloir entendre les recommandations des experts et des associations pour coordonner la réponse à des épidémies silencieuses.

APP : Que penses-tu du discours du président de la République, François Hollande à l’Hôpital Kremlin-Bicêtre quand il a honoré la chercheuse Françoise Labarre-Sinoussi en novembre 2012 ? Il disait : « Trente ans après la découverte du virus, où en sommes-nous ? C’est le sens de ma présence ici parmi vous. Faire le point de la situation avec Jean-François Delfraissy qui est le directeur de l’ANRS et qui est aussi, ici, un professeur et un chef de service exemplaire… »…

JC : Guérir et prévenir, l’Etat vous donnera les moyens, qui à retourner l’adage ! Un an après, et malgré les efforts, la recherche vaccinale peine. En 2013, on ne guérit pas du Sida, on le prévient et on le traite ! Mais pour qui, et quel prix ? En France et en Pays basque, le VIH est synonyme d’infection chronique : or les attaques de l’AME et des reconnaissances de handicaps, la lourdeur des restes à charge, ou encore le récent article 39 du plan de financement de la Sécurité Sociale sur la restriction des médicaments innovants, entrent en incohérence avec une promotion égalitaire de l’accès aux soins. Quant à la prévention, c’est le choix de tous, sauf de l’Etat ! Les subventions décroissent (moins de 60% de fonds publics en 5 ans en Aquitaine). On fait fi des antirétroviraux en mode prophylactique. On sous-subventionne le dépistage médicalisé, on évite l’accompagnement à l’injection, ou l’analyse cout-efficacité de l’outillage préventif. On préfère des politiques du stigmate : taxer les malades, surmédicaliser les transidentitaires, oublier les détenus, pénaliser les usagers de drogue, les clients de prostituées, les étrangers malades. Personnellement, je ne demande pas à un politique de bien penser, je lui demande de penser juste !

APP : John, je te laisse le mot de la fin…

JC : Dois-je rester poli ? Je n’évoquerai pas la municipalité de Biarritz, qui louvoie sur nos actions de prévention quand les prises de risques sont en hausse. Je n’évoquerai pas les parlementaires locaux, qui n’entendent pas les travailleurs du sexe et leur dénonciation de la pénalisation des clients. Je n’évoquerai pas les positions démissionnaires de Madrid quant au Plan Sida et qui font le lit de l’épidémie en Euskadi. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de la résistance, et c’est une infection chronique qui venge celles qu’on veut passer sous silence !

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 29 novembre au 5 décembre 2013.

 

Je remercie chaleureusement Christine Tabuenca du Sidaction, ainsi que John Castet à la prévention de l’antenne Aides/Bayonne, et sans oublier ma très chère Line, une solide fille du Nord. C’est le roseau qui plie mais… ne rompt pas ! Un véritable bulldozer dans son combat. On ne veut surtout pas qu’elle et sa clique plient bagages : c’est le Sida qui doit le faire !

Alain-Pierre Pereira.

 

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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