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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 22:42

Sueño Milonga

 

« Le tango était une danse exécutée dans les bordels »

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Sueño Milonga, formation qui interprète du tango argentin, sera en concert le 23 juillet au Kiosque de la place Sainte-Eugénie à Biarritz. Leurs spectacles sont une immersion dans l’univers envoûtant des quartiers ardents de Buenos Aires. Rencontre avec Michel Etchenique, l’hombre orquestra, qui tient le bandonéon au sein du groupe.

 

APP : Bonjour Michel Etchenique. Dites-nous comment est né Sueño Milonga ? Quels sont les musiciens qui forment votre ensemble et quel sera le programme ?

ME : Très jeune, j’ai été bercé par le tango argentin (ma grand-mère paternelle était Argentine et mon père, né à Ustaritz, a vécu deux années à Buenos Aires). À quatorze ans, j’ai étudié le bandonéon, puis j’ai joué dans les orchestres de Pedrito Percal et Jacques Boué. À ma retraite, avec mon ami André Dumoulin, j’ai créé un orchestre de tango argentin afin de faire connaître cette superbe musique dans le grand Sud-ouest. Ensuite quatre musiciens-professeurs du Conservatoire de Bayonne et de l’école de musique de Dax se sont ralliés. En 2005 naît Sueño Milonga. Les musiciens, Jean-Claude Pilarcksyk et Olivier Parrot au violon, Marin Bea à la contrebasse, André Dumoulin au piano, Claire Caup et moi-même au bandonéon. Notre programme sera un voyage musical au cœur de Buenos Aires avec les musiques des grands maîtres du tango comme Astor Piazzola, Anibal Troïlo, Osvaldo Publiese, Carlos Gardel et bien d’autres. Tangos, milongas et valses argentines se mêleront à la tonalité sensible du violon, l’émotion et la plainte du bandonéon, ce pour la plus grande joie des aficionados.

APP : En quoi le tango est-il une musique métisse et quelle est son origine ?

ME : Il est né vers 1880, sur les rives bourbeuses de Rio de la Plata, près des banlieues de Buenos Aires parmi le petit peuple des exclus et des miséreux de Montévidéo (Uruguay) à la fin du XIXème siècle où se trouvaient des descendants d’esclaves qui venaient des trafics avec le Brésil et l’Afrique. Certes, le tango est une musique métisse comme toutes les musiques traditionnelles et populaires d’Amérique latine, qui ont intégré les éléments amérindiens, africains et européens. Les Argentins disent que le tango vient des gauchos. Mais ce n’est pas si simple, car celui-ci a mis au moins deux siècles à s’implanter, c’est donc une construction historique.

APP : Paris a joué un rôle primordial dans l’histoire du tango argentin lui permettant de s’étendre au-delà des quartiers malfamés, ce qui, pour les exilés, faisait de la capitale française la ville jumelle de Buenos Aires…

ME : Oui, Paris a entretenu depuis près d’un siècle une véritable histoire d’amour avec le tango argentin. En 1910, des aristocrates argentins qui arrivaient à Paris pour y vivre étaient questionnés par les parisiens sur l’existence de cette danse. Ils se rappelaient en avoir entendu parler comme d’une danse provocante et sulfureuse, enrichie de figures lascives et de mouvements à connotations sexuelles, qui scandalisait la bonne société puritaine. Une danse exécutée dans les bordels, les rues, les cafés des quartiers malfamés et cosmopolites, mais aussi dans les ports où s’entassaient des familles d’immigrés. Donc, c’est bien cette ville de France qui va permettre au tango argentin de s’étendre au-delà des quartiers louches, à la Coupole ou au Latina. Plus tard sont nées des écoles où l’on a pratiqué ce qu’on appelait la danse de salon. C’est devenu une véritable « tangomanie » pendant et après les années folles.

APP : Après la chute de Juan Domingo Peron, le tango a vécu une longue période de disgrâce. Comment est-il perçu aujourd’hui en Argentine ? A-t-il retrouvé de l’éclat ?

ME : En effet, depuis la chute en 1955 du général Peron (qui en était un fidèle soutien), le tango a été concurrencé par la musique anglo-saxonne et boudé par la jeunesse argentine. Peu à peu, les orchestres ont disparu alors que dans les années 40, plusieurs centaines d’orchestres de tango tournaient à plein régime à travers toute l’Argentine avec une concentration d’activité importante à Buenos Aires. L’âge d’or du tango jusqu’en 1955. Puis la révolution « piazzolienne » se met alors en marche ! Astor Piazzola a redonné ses lettres de noblesse à cette musique populaire et a élevé celle-ci au niveau de la grande musique. Il nous a laissé une œuvre considérable, notamment son magnifique « Adios Nonino » écrit à la mort de son père. Aujourd’hui, grâce à lui et à d’excellents orchestres constitués par de jeunes musiciens férus du tango, tant en Argentine, qu’en Europe mais aussi en France, il regagné sa suprématie !

APP : La musique certes, mais pour la danse, assiste-t-on au même retour en grâce ?

ME : À mon avis, il y a une évolution, non dans les pas de danse, mais dans la manière de se les approprier. C’est avant tout une danse sociale, et bien plus qu’une danse des quartiers louches, mais celle de quartiers qui créent un lien. Le tango va vers le populaire plus que le spectaculaire, comme on peut le remarquer dans divers festivals. C’est un engouement, un intérêt pour les danses d’origines afro-américaines. Le tango est à la fois une musique, une chorégraphie et une littérature populaire. Il incarne admirablement ce que l’on appelle la culture urbaine.

 

Sueño Milonga – 23 juillet à 21h30 – Kiosque de la place Sainte-Eugénie à Biarritz.

 

Article paru dans ‘la Semaine du Pays Basque’ du 22 au 28 juillet 2011.

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Published by alain-pierre-pereira - dans INTERVIEW
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alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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