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Marthe Bibesco

Une foi sincère

Et une âme ardente.

 

Image5-copie-1.jpgPour beaucoup, le nom Bibesco évoque en France celui de la princesse Marthe Bibesco (dite Lucile Decaux), historienne et femme de lettres française de la première moitié du XXème siècle, née à Bucarest (Roumanie) le 28 janvier 1886 et décédée à Paris en 1973. Elle était la troisième fille de Jean Lahovary, président du Sénat, ministre des Affaires étrangères et ambassadeur en Roumanie, et de Ema Mavrocordat, pianiste, descendante d’une famille grecque. Elle grandit dans le domaine de Balotesti (Roumanie) et Biarritz où elle passait ses vacances. Ses romans étaient en partie écrits en français, dont les plus célèbres et les plus vendus, « Katia » (immortalisée au cinéma par Danielle Darieux et Romy Schneider) et « Le Perroquet Vert », paru en 1924. Rapidement suivis par toute une série d’œuvres littéraires, récits, contes, nouvelles, articles et essais, comme « La vie d’une amitié : ma correspondance avec l’abbé Mugnier 1911/1944 », paru en 1951 en trois volumes. La même année, Martha fut élue membre étranger à l’Académie royale de Belgique. Son père fut nommé diplomate à Paris quand Marthe a six ans. Mais la petite fille n’avait aucun effort à faire pour parler le français car elle le devait à la solide culture française de sa maman. Quant à sa vie privée, après un an d’une liaison secrète avec le prince Ferdinand de Roumanie, elle épouse dès ses seize ans un lointain cousin, play-boy, l’une des figures de l’aéronautique naissante, qui en 1912 fonda la Ligue nationale roumaine aéronautique, et co-fondateur de l’Automobile club romain et du Comité olympique roumain, mais hélas pour la très jeune femme, un époux adultère : le prince George Valentin Bibesco (1880-1944), fils de Iorgu Bibescu et de Valentine de Riquet, famille des plus insignes de Roumanie. En 1903, naît leur unique fille, Valentina.

 

Une princesse malheureuse en amour et qui s’ennuie

 

Image001Unie sans amour avec son richissime et infatigable voyageur de mari, son mariage fut un échec. Mais le divorce à l’époque n’était pas bien vu chez les gens bien nés ou les bourgeois. Un mariage à la dérive qui prit la forme d’une amitié affective et cordiale, permettant à chacun d’aller voir ailleurs. Et le prince sans embarras, multipliait les conquêtes. Quant à Marthe, elle prendra pour amant le Prince Charles-Louis Beauvau-Craon qui partagera son lit durant six années. Une vie affective gâchée due à sa mésentente conjugale. Une grande solitude et un cœur en jachère au fil d’une existence romanesque. En 1912, reconnaissant, son époux lui offre le Palais familial de Mogosoaia. Mais la princesse, triste et affligée par ses déboires sentimentaux, ne croit plus aux sentiments d’amour, quelle que soit la cause. Elle veut trouver un peu de joie et de réconfort en s’occupant de sa sœur cadette Marie, comme son propre enfant, un enfant de presque… vingt ans au moment de son veuvage.

 

« […] Marie est née dix ans après ma naissance, et j’ai déjà fini de vivre au moment où elle a commencé. […] Dix-neuf ans plus tard, Marie me dira : Toi qui as tout et qui ne désire jamais autre chose… […] Au moment où elle est née, c’était déjà vrai, je ne voulais plus rien, je m’étais démise de ma volonté et je vivais absolument sans désir, ce qui équivaut à ne pas vivre. C’est cet état de renoncement, joint à des avantages naturels, qui devait me procurer dans la suite une existence pleine de succès qui, n’étant escomptés ni poursuivis, m’ont laissé indifférente et détachée au point que je me demandais comment je pourrais faire pour vieillir, n’ayant rien eu qui marquât ma vie. […] Dans son berceau, qui avait été le nôtre, j’allais parfois la voir et furtivement je baisais son petit front d’aveugle, et je regardais avec une pitié curieuse ses mains menues, étoiles de mer qui s’ouvraient dans le vide, égarées et tremblantes. »

 

Une consolation et une joie dans l’écriture et la lecture

 

Elle cesse ses allers et retours en Roumanie pour se fixer à Paris en 1945 et, en 1948, élit domicile Quai Bourbon. Ruinée (ses biens ont été confisqués par les communistes), il lui faudra toute sa pugnacité et le soutien de personnalités pour que sa fille puisse elle aussi quitter la Roumanie avec mari et enfants. Pour subsister, la princesse se consacre pleinement à l’écriture. Sous la protection de sa belle-mère Valentine Bibesco, née princesse de Camaran Chimey, issue de l’une des familles franco-belges, elle trouve le réconfort, la consolation et la joie dans la lecture et l’écriture, fréquentant les salons littéraires parisiens, et cherche à plaire, mais sans faste ni apparat. Elle s’engoue pour l’histoire française et européenne, spécialement sur la période napoléonienne, mais aussi par le folklore roumain. Son éloquence, son humour fin, son vif esprit et sa grande culture lui font rencontrer de grands noms de la littérature, du monde politique, de la royauté et certains deviendront des amis tels que Marcel Proust, Paul Claudel (son correspondant fidèle), Neville Chamberlain, homme politique britannique, Ramsay Mac Donald, premier ministre du Royaume-Uni, Roosevelt qui l’invite à la Maison Blanche, Wiston Churchill à qui elle a dédié une monographie. Image4-copie-2Dans son salon, elle reçoit l’éditeur Bernard Grasset, François Mauriac, Gabriel Fauré, Léo Delibes, Anatole France, George V, Pierre Loti, Louis Jouvet, Jean Cocteau, Camille Saint-Saëns, Aristide Briand, le Duc de Windsor (Edouard VIII), Clémenceau, Louis de Villemorin, Anna de Noailles. Et le général De Gaulle voyait en elle une Européenne qui amalgamait les deux genres : l’ancien et le nouveau et qui, en 1968, lors de son voyage présidentiel en Roumanie, lui dit : « Vous personnifiez l’Europe à moi. ». La dame de 82 ans buvait du petit lait ! Elle commença à écrire ses sentiments sur la vie dans un journal lors d’un voyage en bateau en Perse en compagnie de son mari, qui représentait l’Etat roumain pour le sacre du Shah Mozafaredin. Là, sur la même embarcation, elle fait la connaissance de l’écrivain russe Maxime Gorki, alors en exil. La critique est chaleureuse. Des contes sont publiés sous le nom de « Les Huit Paradis » (1903) et récompensés par l’Académie française, pour son travail doté d’une force nouvelle et d’un style personnel de phrases courtes, relayant de longs épisodes lyriques. Et une rencontre va influencer sa destinée littéraire : lors d’un dîner, son voisin de table est l’abbé Mugnier. Atypique, il l’était en tout. Ame angélique, mais de nature robuste, il se montre aussi curieux que charitable. Un prêtre du Dieu vivant. Un homme de douleur, un fils consacré de l’Eglise, un ecclésiastique du diocèse de Paris, séminariste pendant le Siège, ordonné au lendemain de la Commune. Il meurt à 90 ans dans sa ville diocésaine, le 1er mars 1944, tandis que les puissances de la bêtise occupaient encore Paris. Elle lui consacrera trois tomes intitulés « La vie d’une amitié : ma correspondance avec l’abbé Mugnier (1911/1944) ». Tout comme Marthe, c’était un passionné de Chateaubriand. Ainsi l’homme d’église eu l’occasion d’apprécier la jeune roumaine, chez qui l’esprit le dispute à la beauté.

 

Elle aura des amitiés importantes. L’Europe est à la veille d’émeutes sanglantes et de la dispersion des grandes familles qui ont leurs attaches dans tous les pays. Marthe est déchirée entre l’Occident et les Balkans. Elle rencontre alors le kronprinz Guillaume, fils de l’Empereur d’Allemagne, pour lequel elle voue une grande amitié et avec lequel elle échangera une correspondance affectueuse et passionnée. Mais la première Guerre mondiale interrompt cette entente, car l’ami est devenu l’ennemi. Il y aura Henry de Fontenelle que Marthe volera à la romancière Colette.

 

L’origine de sa rencontre ave le perroquet vert

 

Image10.jpg« […] Ce fut de l’une de ces laides maisons où l’on faisait le ménage la fenêtre ouverte, qu’au moment précis ou nous passions, s’échappa un perroquet vert. Il m’apparut en plein vol, les ailes déployées, éblouissant et rapide, comme un ange pourvu d’un bec, comme un aigle vert qui fonce sur moi. Moi, si pareil à ce que j’imagine d’un messager divin, que j’en perds la respiration. C’est ainsi que m’arriva ce qui ne m’était encore jamais arrivé : un bonheur !... Une femme s’est approchée de nous. Sans la regarder, je sais qu’elle vient me vendre l’oiseau. Elle le saisit à pleines mains, comme s’il n’était qu’un gros pigeon docile. Et je l’entendais dire à ma mère : Non madame, il n’est pas à vendre ! […] Puis, un après-midi d’été, brusquement je le revis. C’était rue Mazagran, devant une boutique étroite et longue, qu’un grand store rouge plongeait dans une obscurité d’enfer. Mon amour parut à mes yeux ravis. Il se tenait sur un perchoir et, cette fois-ci, il était à vendre. […] J’étais seule avec tante Alex quand je passais devant la boutique de l’oiseleur ; elle sentit que je m’arrêtais net, comme si quelqu’un m’avait frappée. Elle se retourna, suivit mon regard posé sur le perroquet vert, et s’aperçut que j’étais en extase. […] Or, je puis jurer que, jusqu’à cet instant, mon cœur était demeuré pur, et que j’aimais sans rien vouloir. Mais, à partir de ce moment-là, j’ai voulu, j’ai follement voulu posséder l’objet de mon amour. […] Tante Alex entra dans la boutique en me faisant signe de l’attendre dehors. Elle en ressortit bientôt après et m’emmena sans ajouter une parole. Vous savez que c’est la maladie dont mon fils est mort… […] Mon père s’approche du marchand d’oiseaux et lui fait signe d’emporter le perroquet. On va lui donner un pourboire, pour sa peine… […] L’homme salue, courbe l’échine, reprend son fardeau et se dirige du côté de l’office, portant la cage qu’il fait passer devant lui. Mon père entre dans son cabinet de travail et ma tante le suit. La portière retombe sur eux… Je reste seule… Je n’ai plus rien. ».

 

Ce lieu où elle écrivait

 

Image3-copie-3.jpgLa princesse Bibesco avait sa table au restaurant appelé en 1900 « Chez Tonton ». En 1924, il fut baptisé « Au Perroquet Vert », toujours situé dans le XVIIIème arrondissement de Paris au 7 rue Cavallotti, par le propriétaire des lieux pour rendre hommage à la romancière. A cette adresse particulièrement parisienne, aussi gourmande qu’inspirante, de nombreux artistes y venaient soit déjeuner soit dîner ; Jean Gabin, Fernandel, Edith Piaf, Marlène Dietrich, Yves Montand, Pablo Picasso. Et dans ce lieu, jour après jour, la romancière jetait sur ses petits carnets, les bases de son livre qui aura pour titre « Le Perroquet Vert ».

 

De quoi parle son roman

 

« Le Perroquet Vert », c’est un roman qui se veut touchant et saisissant par les drames presque invraisemblables, et qui témoigne une forte composition autobiographique. Le thème principal, l’amour fraternel poussé à ses extrêmes. Il fut édité en 1924, une écriture sagace et lucide, un style maitrisé et une élégance unique. le-perroquet-vert.jpg« Le Perroquet Vert », l’histoire d’une famille russe vivant à Biarritz, à la veille de la guerre de 14, et au cours de ce même conflit, la narratrice nous raconte comment ses parents furent expulsés de leur pays peu après leur mariage. Honnis d’être cousins germains et époux dans un lieu et à une époque qui avait horreur de tout ce que pouvait suggérer, même de loin, l’inceste. La naissance en France d’un fils unique semblait au couple, à la fois une bénédiction du Ciel et son approbation pour le chemin d’exil qu’ils ont suivi. Mais aussi la mort de ce fils, due à une maladie survenue lorsqu’il avait neuf ans, leur a semblé une sentence divine. Toute la famille ainsi que la narratrice, âgée de six ans à la mort du frère chéri, souffrira de ce deuil profond. Et ce perroquet vert vu chez un oiseleur de Biarritz devient pour la romancière privée de joie, un symbole d’amour et d’allégresse. Et qui rêve de posséder ce bel oiseau. Mais son père est convaincu que le volatile pourrait provoquer des maladies comme celle qui a emporté son fils.

 

« […] Chaque mois d’avril ramenait l’anniversaire funèbre. La piété de mes parents envers le souvenir de leur fils prenait alors un caractère exalté. Ses photographies étaient entourées de fleurs et de lumières ; on exposait ses vêtements sur le lit où il avait expiré. Sa chambre était transformée en chapelle ardente. Image9.jpgOn ne s’y tenait qu’à genoux. […] A l’occasion de cette mort, j’appris, par des conversations de domestiques, que nous étions des cousins germains, c’est-à-dire des enfants pas comme les autres. […] La vieille Nianka, l’ancienne nourrice de mon père, frappait ses lèvres avec la paume de sa main et disait : J’ai la bouche cousue ! Elle savait pourquoi ces choses arrivaient. Mais elle ne pouvait le dire. ».

 

Ses souvenirs de vacances sur la Côte basque

 

« […] Les connaissances topographiques des habitants de Biarritz s’étendent généralement de la Côte des Basques au Port-Vieux, du Rocher de la Vierge à la Place Sainte-Eugénie, du Casino à la Grande Plage. Il s’agit d’excursions, leur science des itinéraires va beaucoup plus loin : Hendaye à Saint-Jean-de-Luz, de Bayonne à La Barre de l’Adour, de Cambo jusqu’en Espagne ; mais presque personne, si vous demandez, si vous demandez le chemin de la Solitude d’Anglet, ne saura vous y conduire. Je pourrais, les yeux fermés, reconnaître cette route entre toutes les routes de la terre ; aucune n’a, comme elle, le pouvoir singulier d’étouffer le bruit des pas. Quand je la parcourais dans mon enfance, il me semblait que le sable blanc très fin dont elle est faite allait devenir mouvant et que, sourde à tous les appels du monde, j’allais m’ensevelir dans son silence profond. ».

Image6.jpg Image8.jpg Image7.jpg Image11.jpg

 

Traits de caractère de la romancière

 

Ce livre fut salué par de célèbres condisciples comme Max Jacob, François Mauriac ou l’abbé Brémont, il contribua à faire de cette femme d’esprit l’une des figures littéraires françaises de la première moitié du siècle dernier, qui obtint le Grand Prix de l’Académie Française en 1957. Partagée entre Bucarest, Londres, Berlin et Paris, sa vie fut celle d’une éternelle habituée de l’Orient-Express et toujours insatiable de visions nouvelles. Dans ses œuvres romanesques, comme dans son roman « Le Perroquet Vert », l’un des principaux thèmes de cette autobiographie, c’est d’avoir su évoquer des figures tragiques ou pittoresques de la famille. Parmi ses contemporains, peu échappent au caractère aigu de son regard, à la finesse de son jugement et à sa verve parfois mordante ou tracée d’un ton vif, rapide et cruel. On sait que la romancière fut élue à l’Académie royale de la langue et de la littérature française en 1955, en même temps que Jean Cocteau. Elle consacra les dernières années de sa vie au projet d’une vaste fresque en plusieurs volumes, liée à l’histoire de l’Europe et dans laquelle interviendraient ses ancêtres. Seuls « La Nymphe Europe » en 1960 et « Où tombe la foudre » (ouvrage posthume) verront le jour.

 

Intelligence, grâce, beauté, charme et séduction, Marthe Bibesco riche de toutes ces qualités, se jugeait presque trop comblée. « Je suis humiliante sans le savoir », disait-elle. A travers un mariage tempétueux et des liaisons chimériques, elle chercha longtemps son alter égo mais ne rencontra que des miroirs ou des semblants. De tous les hommes qu’elle a cru aimer, seul l’abbé Mugnier, son confident, ne l’a déçoit pas. Elle a vécu dès son adolescence pour écrire ses Mémoires et retrouver le temps perdu. Elle devint à son tour une de ces reines immortelles qui séduisait Marcel Proust et subjuguait Paul Claudel. La princesse Bibesco meurt à Paris le 28 novembre 1973, elle avait 87 ans. Image2-copie-4.jpg

 

Quelques œuvres de la Princesse Bibesco

 

Churchill ou le courage

Egalité

Le voyage voilé : Marcel Proust

Le tendre amour de Napoléon

Jour d’Egypte

Catherine-Paris

Isvor : le pays des Saules

La Turquoise

Une victime royale : Ferdinand de Roumanie

Les huit paradis

Au bal avec Marcel Proust

Lettres d’une fille de Napoléon.

 

La vie d’une amitié : ma correspondance avec l’abbé Mugnier

 

Avec les trois tomes « La vie d’une amitié : ma correspondance avec l’abbé Mugnier (1911/1944) », la princesse Bibesco parle de son confident, le seul qui ne l’a déçoit pas. Arthur Mugnier, plus connu sous le nom d’abbé Mugnier, celui que l’on surnommait également « le fol abbé », « le bon pasteur », « l’apôtre de la mèche qui fume encore », « le seul homme chez qui l’Esprit soit l’esprit », avait plutôt l’allure d’un curé de campagne, avec sa soutane élimée et ses chaussures à bout carré, réputé pour ses bons mots et ses répliques à l’emporte-pièce.

 

Dans les salons du faubourg Saint-Germain ou dans les antichambres des écrivains, on était séduit par ses mots d’esprit et sa culture discrète et délicate. Touchés aussi par sa bonté. Puis il y eut sa rencontre incroyable avec une âme triste, une mal-aimée, la princesse Bibesco envers qui il se montra plein de tendresse et de compassion. Ils échangèrent une très longue correspondance de 1911 à 1944, jusqu’au décès de l’abbé. Celui qui s’exprimait ainsi au crépuscule de sa vie :

« J’ai tellement faim et soif dans le peu de jours qui me restent que je veux m’asseoir à toutes les tables, dévorer tous les plats, vider toutes les bouteilles. Rabelais a fait de Gargantua un homme qui est dans le plein de la vie, moi je lui donne des cheveux blancs, les miens ! ».

 

On pouvait ressentir à quel point la princesse Bibesco vouait un attachement profond à l’homme d’église, ce prêtre du Dieu vivant. Celui qui sauve les autres par présence d’exprit, marquée par le salut. Une vie mise au service de la misère des autres, consacrée heure par heure à pardonner, à concilier et à voir mourir, lui qui détestait la mort.

 

Voici une de ces nombreuses lettres qu’elle lui envoyait en novembre 1912, dans un moment de spleen :

« Monsieur l’abbé,

Vous n’imaginez pas comme une lettre de vous me tient compagnie, et quel soulagement j’éprouve à sentir ma pensée comprise dans la vôtre. Quelle forme rassurante vous lui donnez ! Mais le besoin de vous parler m’ôte l’envie de vous écrire. Je ne peux vous dire que les jours passent : ils s’effondrent, ils s’écoulent. L’avenir se précipite dans le présent. On fabrique en quarante-huit heures des évènements pour plusieurs siècles. Et si vous saviez comme mon jardin peuplé de ruines et de tombeaux, est tranquille, sous les brumes qui montent de l’étang. […] Dans le silence de ma solitude […]

Marthe. »

Une lettre de l’abbé Mugnier, en date du 29 juillet 1915 en la fête de la Sainte-Marthe, pour réconforter la princesse après la mort de son père survenue le 15 juillet de la même année :

« Chère princesse,

J’ai reçu la triste lettre de faire-part. Ah ! Quelle épreuve particulière, au milieu des douleurs générales ! Ceci n’atténue pas cela. Les blessures s’avivent entre elles. C’est maintenant surtout que j’aimerais à être auprès de vous, à vous redire, pour que vous les commentiez à votre façon, qui m’enchante, les plus douces paroles de l’Evangile. […] Votre grandeur d’âme, votre naturelle bonté, triompheront de tout. L’humanité, hélas !, est trop médiocre. Il faut la supporter, puisque Dieu lui-même la tolère.

Je ne me console pas de vous savoir dans l’affliction, et je vous renouvelle, chère princesse, du pied de cet autel où vous vous êtes agenouillée, mon respectueux et religieux attachement.

A.Mugnier. »

 

La presse ne tarit pas d’éloge sur « La vie d’une amitié : ma correspondance avec l’abbé Mugnier » :

 

 « Elle nous révèle une des plus attachantes figures de ce temps. Elle restitue la grandeur vraie […] ». La France Catholique.

« La princesse Bibesco est une remarquable mémorialiste […] ». Carrefour.

« Le talent, la délicatesse de touche de la princesse Bibesco, biographe analyste d’âmes ou épistolaire, est toujours sans faiblesse […] ». Robert Kemp.

« Votre livre nous guide et nous éclaire. Nous sommes souvent si maladroits […] ». Lettre d’un jeune prêtre canadien à la princesse Bibesco.

 

Katia

 

Le roman « Katia » de la princesse Bibesco est paru en 1938 et fut un succès littéraire. Il existe deux versions cinématographiques, l’une réalisée par Maurice Tourneur en 1938 avec Danielle Darieux dans le rôle titre et John Loder ; l’autre en 1959 par Robert Siodmak avec Romy Schneider et Curd Jürgen. Ce roman demeure encore aujourd’hui l’un des livres de chevet, parce qu’on apprécie son écriture et son goût du détail observé. Katia était surnommée le démon bleu par le Tsar Alexandre II car séduit par sa fraîcheur et son naturel. « Katia », c’est aussi un livre aimé pour cette qualité de vie qu’on reconnaît dans les dialogues. Si on aime la Russie et les Romanov, cette histoire est à lire absolument !

 

ALAIN-PIERRE PEREIRA. alain-pierre pereira

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L'ECRITURE... MA PASSION

alain-pierre pereira

 

Ma profession de journaliste culturel me permet de faire de belles rencontres artistiques dans diverses disciplines, et mes seules motivations sont spontanéité, probité, et sincérité. Mon but n'est pas de me montrer souple ou indulgent, et encore moins celui d'être virulent ou acrimonieux (sauf dans certains cas). Mes jugements seront rarement dans la négativité. Si je ne suis pas dans l'attrait ou la fascination, je préfère ne pas en parler ; pour la simple raison : le respect du travail apporté. Lucide que "toute création" signifie de mettre son énergie (car tout créateur au prime abord donne ce qu'il a de meilleur). En un mot, la seule raison de ce blog, est de vous faire partager mes coups de cœur, mes enthousiasmes, voire mon admiration et ma tendresse pour les artistes.

Alain-Pierre Pereira.

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